Façade de triplex à demi rénovée, échafaudage immobile sous la neige — moratoire sur les rénovictions (loi 65)

Peu de textes législatifs auront autant changé la donne pour les propriétaires d'immeubles locatifs au Québec que la Loi 65. Adoptée en 2024 sous le titre officiel « Loi limitant le droit d'éviction » (chapitre 23), elle instaure un moratoire d'environ trois ans — jusqu'au 6 juin 2027 — pendant lequel de nombreuses évictions deviennent tout simplement illégales. Concrètement, les manœuvres qui permettaient de vider un logement pour l'agrandir, le subdiviser ou en changer l'affectation, puis de le relouer beaucoup plus cher, sont mises sur pause. Pour le propriétaire qui comptait sur ce raccourci, le sol s'est dérobé. Cet article explique, sans dramatiser ni inventer, ce que la loi fait vraiment, pourquoi la voie de la « rénoviction » était déjà juridiquement risquée avant même le moratoire, ce qu'elle coûte quand elle échoue, et surtout quelle voie demeure ouverte — et légale — pour récupérer un logement pendant que la loi s'applique.

Les faits : ce que la Loi 65 change concrètement

Commençons par les faits, tels qu'ils figurent au texte de loi. La Loi 65 (2024, chapitre 23), sanctionnée sous le nom de « Loi limitant le droit d'éviction », met en place un moratoire d'une durée d'environ trois ans. Ce moratoire s'étend jusqu'au 6 juin 2027. Pendant tout cet intervalle, la loi rend illégales de nombreuses évictions résidentielles qui reposaient sur trois motifs bien précis : l'agrandissement du logement, sa subdivision et le changement d'affectation. Ce sont exactement les motifs qui, dans les faits, servaient de véhicule aux rénovictions.

Il faut mesurer la portée de ce changement. Avant, un propriétaire pouvait, en invoquant un projet de travaux touchant le logement, enclencher une éviction et, une fois le locataire parti, remettre le logement au marché à un tout autre prix. C'est précisément cette mécanique que la loi vient interrompre pour la durée du moratoire. Le texte officiel, publié à la Gazette officielle du Québec, énonce cette limitation temporaire du droit d'éviction : c'est la base légale qui, du jour au lendemain, a rebattu les cartes pour toute une catégorie de projets immobiliers.

Une pause, pas une abolition

Un point mérite d'être souligné parce qu'il est souvent mal compris : la Loi 65 instaure un moratoire temporaire, pas une interdiction définitive. Le mot « moratoire » le dit : il s'agit d'une suspension pour une période donnée. À l'échéance — le 6 juin 2027 —, le législateur pourra décider de reconduire la mesure, de la modifier ou d'y mettre fin. Rien n'est joué d'avance. Un propriétaire ne devrait donc pas construire toute sa stratégie sur l'idée d'un « retour à la normale » automatique, ni supposer que la mesure disparaîtra sans laisser de traces. La prudence commande de vérifier l'état du droit en vigueur au moment où l'on agit.

Ce que la loi ne touche pas directement

La Loi 65 vise les évictions pour travaux : agrandissement, subdivision, changement d'affectation. Elle ne se confond pas avec la reprise de logement, qui relève d'un régime distinct du Code civil et reste encadrée par le Tribunal administratif du logement (TAL). Elle ne transforme pas non plus un locataire fautif en locataire intouchable : les recours pour non-paiement de loyer ou pour troubles graves demeurent, eux, régis par leurs propres règles. Autrement dit, la loi cible une pratique bien précise — celle qui consistait à instrumentaliser un projet de travaux pour évincer — sans bouleverser l'ensemble de l'édifice du droit locatif. Cette distinction est capitale pour comprendre ce qui reste possible, et nous y reviendrons.

À retenir

La Loi 65 (2024, ch. 23) suspend, jusqu'au 6 juin 2027, les évictions pour agrandissement, subdivision ou changement d'affectation — le cœur des rénovictions. C'est un moratoire temporaire, pas une abolition, et il ne touche pas directement la reprise de logement ni les recours pour faute du locataire.

La rénoviction, ce mot qui a fait les manchettes

Si cette loi existe, c'est qu'un phénomène l'a rendue nécessaire aux yeux du législateur. Ce phénomène porte un nom devenu familier : la rénoviction. Le mot est un mot-valise, contraction de « rénovation » et d'« éviction ». Il n'a rien d'un terme juridique officiel — vous ne le trouverez pas comme tel dans le Code civil — mais il décrit avec une précision cruelle une manœuvre bien réelle : évincer un locataire en invoquant des travaux dont le but véritable n'est pas d'améliorer son logement pour lui, mais de le récupérer pour le relouer nettement plus cher à quelqu'un d'autre.

Le mécanisme est simple à comprendre. Un logement occupé de longue date affiche souvent un loyer bien en dessous du marché, parce que les hausses annuelles, encadrées, suivent rarement l'envolée des loyers à la relocation. L'écart peut être considérable. La tentation, pour certains propriétaires, était donc de « libérer » ce logement par un motif d'agrandissement ou de subdivision, puis d'encaisser la différence sur le nouveau bail. Multiplié à l'échelle d'un quartier, le procédé nourrissait une pression à la hausse sur les loyers et fragilisait les locataires les plus vulnérables. C'est cette dynamique, largement documentée dans l'actualité, qui a mené à l'intervention législative.

Pourquoi le législateur a agi

Devant l'ampleur des cas rapportés, Québec a choisi une réponse frontale : plutôt que de compter uniquement sur les recours individuels, souvent lents et éprouvants pour les locataires, il a suspendu à la source les motifs d'éviction qui servaient de véhicule. En bloquant temporairement les évictions pour agrandissement, subdivision et changement d'affectation, la Loi 65 retire l'outil lui-même. Pour un propriétaire, le message est sans ambiguïté : pendant le moratoire, ce chemin est fermé, et tenter de le forcer expose à des ennuis sérieux.

Le fond du problème n'est pas le loyer sous le marché. Un écart entre le loyer payé et la valeur du marché est un fait économique parfaitement légitime à vouloir corriger. Ce que la loi sanctionne, ce n'est pas l'objectif ; c'est le moyen — évincer sous un faux prétexte de travaux. La bonne nouvelle, c'est qu'il existe un moyen qui, lui, reste permis. Nous y arrivons.

Pourquoi le raccourci était déjà un piège juridique

Il faut bien comprendre une chose : même avant l'adoption de la Loi 65, la rénoviction « déguisée » n'était pas un terrain sûr. Le moratoire a durci et clarifié la limite, mais le droit québécois offrait déjà plusieurs remparts contre l'éviction abusive. La loi de 2024 ne fait, à cet égard, que rendre plus visible et plus tranchante une réalité qui existait : vider un logement sous un prétexte n'est pas un droit, c'est un risque. Passons en revue les principes juridiques en cause.

Le droit au maintien dans les lieux

Le premier pilier est le droit au maintien dans les lieux (article 1936 du Code civil du Québec). Ce principe reconnaît au locataire un droit personnel de demeurer dans son logement tant qu'il respecte ses obligations. C'est la règle par défaut, et l'éviction n'en est que l'exception, strictement balisée. Autrement dit, la charge de justifier un départ pèse sur le propriétaire, jamais sur le locataire en règle. La Loi 65 renforce cette logique en retirant, pour la durée du moratoire, une partie des exceptions sur lesquelles s'appuyaient les rénovictions.

L'interdiction du harcèlement

Le deuxième pilier est l'interdiction du harcèlement (article 1902 du Code civil). La loi interdit au locateur — ou à quiconque — de harceler un locataire de manière à restreindre sa jouissance paisible des lieux ou à l'amener à quitter le logement. C'est un point que les propriétaires improvisés sous-estiment : multiplier les pressions, les visites, les avis intimidants ou les offres « à prendre ou à laisser » dans le but de pousser quelqu'un dehors peut, en soi, constituer du harcèlement et fonder un recours. Une démarche mal menée se retourne alors contre son auteur.

La mauvaise foi et ses sanctions

Le troisième pilier, le plus lourd de conséquences, est le régime de la mauvaise foi. Lorsqu'une éviction ou une reprise repose sur un motif qui n'est pas le vrai motif — prétexter des travaux, ou l'installation d'un proche, alors que l'objectif réel est de relouer plus cher —, le Code civil (article 1968) ouvre au locataire un recours en dommages-intérêts et permet au tribunal d'accorder des dommages punitifs. Ce recours peut être exercé même après le départ du locataire. Le calcul du raccourci s'effondre alors : l'économie espérée sur le nouveau loyer peut être largement dépassée par la condamnation.

Additionnez ces trois éléments — maintien dans les lieux, interdiction du harcèlement, sanctions de la mauvaise foi — et vous obtenez un environnement juridique où l'éviction déguisée était déjà, avant 2027, un pari perdant à moyen terme. Le texte de la Loi 65 vient simplement fermer, pour trois ans, la porte que certains croyaient entrouverte. Pour approfondir la mécanique d'une reprise de mauvaise foi et ce qui distingue une démarche sincère d'un prétexte, nous avons rédigé un guide dédié.

Le contournement par « fausse reprise » ne fonctionne pas. Certains propriétaires, voyant le moratoire fermer la voie des travaux, sont tentés de basculer vers une reprise de logement « pour un proche » qui n'a jamais eu l'intention d'emménager. C'est exactement le scénario que le régime de la mauvaise foi vise à punir. Une reprise qui sert de paravent au moratoire cumule les fragilités : elle est contestable, elle est risquée, et elle expose à des dommages punitifs.
Chantier de rénovation à l'arrêt dans une cuisine : moratoire de la loi 65 sur les rénovictions

Les conséquences : dommages, dommages punitifs, réputation

Que risque, concrètement, un propriétaire qui tente de contourner la loi ? La réponse tient en trois volets, et aucun n'est négligeable.

Le volet financier

D'abord, l'argent. Un locataire évincé de mauvaise foi peut réclamer réparation. Les dommages-intérêts visent à compenser le préjudice subi : frais de déménagement, écart de loyer sur le nouveau logement, troubles et inconvénients. À cela peuvent s'ajouter des dommages punitifs, dont la logique n'est pas de compenser mais de dissuader et de sanctionner un comportement jugé abusif. Nous n'avançons ici aucun montant précis, car il dépend entièrement des circonstances et de l'appréciation du tribunal ; mais le principe est clair : l'addition peut effacer, et bien au-delà, le gain espéré sur le loyer. Le raccourci qui devait rapporter finit par coûter.

Le volet procédural et temporel

Ensuite, le temps et l'énergie. Une éviction contestée, c'est un dossier au TAL, des délais, des audiences, une issue incertaine. Pendant que le litige se déroule, le logement n'est ni récupéré proprement ni relouable en toute sérénité. Le propriétaire qui espérait aller vite se retrouve enlisé — souvent plus longtemps que s'il avait choisi d'emblée une voie négociée. Pour comprendre ce que la loi qualifie de rénoviction illégale et les recours qu'elle déclenche, notre analyse dédiée détaille le parcours.

Le volet réputation

Enfin, le plus insidieux : la réputation. Les affaires d'éviction abusive font régulièrement l'objet de reportages, et un propriétaire nommé dans une histoire de rénoviction traîne cette étiquette bien après la fin du dossier. Pour un investisseur immobilier — qui doit composer avec des locataires, des voisins, des municipalités, parfois des partenaires financiers —, une réputation abîmée est un actif détruit. On peut rembourser des dommages ; on ne rachète pas facilement une image. Et sur le plan des sanctions, au-delà des dommages civils, des amendes peuvent s'ajouter selon les manquements constatés.

Le calcul qui devrait faire réfléchir. Supposons qu'un propriétaire espère gagner quelques centaines de dollars par mois en relouant un logement au prix du marché. Sur un an, l'écart paraît alléchant. Mais une seule condamnation pour éviction de mauvaise foi — dommages-intérêts, dommages punitifs, frais, temps perdu, réputation — peut représenter plusieurs années de ce « gain », et parfois davantage. Le raccourci n'est pas seulement risqué : sur le plan strictement financier, il est souvent perdant.

Ce qu'il aurait fallu faire : l'entente volontaire

Voici la partie que trop de propriétaires ignorent, et qui change tout : le moratoire de la Loi 65 n'interdit pas de récupérer un logement. Il interdit de le faire par l'éviction forcée pour travaux. Or il existe une autre voie, qui n'est ni une éviction ni une reprise imposée, et que le moratoire ne touche pas : l'entente volontaire de départ, communément appelée cash for keys.

Le principe du cash for keys

Le cash for keys renverse complètement la logique. Au lieu d'imposer un départ, on le propose. Le propriétaire offre au locataire une compensation en échange de son accord pour mettre fin au bail et quitter à une date convenue. Le locataire est libre : il peut accepter, refuser ou négocier. S'il accepte, les deux parties signent une entente écrite claire, et le logement est récupéré proprement, sans éviction, sans motif à justifier, sans contestation possible — puisque, par définition, tout le monde est d'accord.

Comme il ne s'agit ni d'une éviction pour travaux ni d'une reprise imposée, cette entente échappe au champ du moratoire : elle demeure parfaitement praticable pendant que la Loi 65 s'applique. C'est, très concrètement, la voie qui reste ouverte à un propriétaire qui souhaite libérer un logement d'ici 2027. La seule condition, mais elle est essentielle : le départ doit être réellement consenti, jamais arraché par la pression. Une entente signée sous une contrainte déguisée retomberait dans le registre du harcèlement et de la mauvaise foi.

Pourquoi c'est gagnant-gagnant

On imagine parfois qu'une entente volontaire est un cadeau à sens unique. C'est mal la comprendre. Un logement figé loin sous le marché représente une valeur dormante souvent considérable : une fois récupéré et remis à niveau, il peut créer une valeur qui se compte fréquemment en dizaines de milliers de dollars sur l'actif. Partager une partie de cette valeur avec le locataire, sous forme de compensation, revient à convertir un blocage en résultat — légalement et sans litige. Le locataire, de son côté, obtient une somme qui l'aide à se reloger. Personne n'est floué ; c'est un échange consenti. Pour saisir la logique de valeur qui sous-tend cette démarche, notre page optimisation de loyer détaille comment se calcule ce potentiel.

À retenir

Le moratoire ferme l'éviction pour travaux, pas la porte de sortie. L'entente volontaire (cash for keys) reste légale pendant la Loi 65, parce qu'elle repose sur le consentement libre du locataire. C'est la seule façon propre de récupérer un logement d'ici 2027 — à condition de ne jamais forcer la main.

Pourquoi passer par des professionnels

Si l'entente volontaire est si simple sur le papier, pourquoi ne pas la mener soi-même ? Parce que, justement, sa simplicité apparente cache des pièges qui peuvent transformer une bonne idée en dossier perdu. La frontière entre une négociation légitime et un harcèlement reproché est plus mince qu'on le croit, et une entente mal rédigée peut être remise en cause.

Là où l'improvisation dérape

Un propriétaire qui négocie seul, sous le coup de l'impatience, commet souvent les mêmes erreurs : il insiste trop, il laisse entendre que le départ est « de toute façon inévitable », il rédige une entente floue, ou il oublie que toute pression indue peut être qualifiée de harcèlement. Chacun de ces faux pas peut suffire à faire basculer la démarche du bon côté du droit vers le mauvais. Et une fois la confiance rompue avec le locataire, il devient très difficile de revenir à une entente sereine.

Ce qu'un professionnel apporte

Un intervenant spécialisé structure la démarche de bout en bout : il évalue la valeur réellement en jeu pour calibrer une offre juste, il mène la conversation avec le locataire dans le respect du cadre — sans pression, sans intimidation —, il rédige une entente conforme qui protège les deux parties, et il s'assure que chaque étape respecte les règles du TAL. Le résultat est une entente solide, difficilement contestable, obtenue sans exposer le propriétaire à un recours.

Le modèle d'Opti Loyer : payé aux résultats

Chez Opti Loyer, c'est exactement ce que nous faisons : aider les propriétaires à récupérer et à optimiser leurs logements par ententes volontaires, dans le strict respect du cadre légal et du moratoire. L'analyse initiale est gratuite et sans engagement. Et le modèle est payé aux résultats : vous ne payez que si l'entente se conclut. Le risque financier de la démarche ne repose pas sur vous — il est de notre côté. C'est ce qui distingue une approche professionnelle d'un raccourci : nous n'avons aucun intérêt à vous pousser vers une manœuvre risquée, puisque nous ne sommes rémunérés que par un résultat propre et durable.

La leçon de ces affaires d'éviction est toujours la même : le raccourci coûte des dizaines de milliers de dollars et, pire encore, la réputation. On n'a qu'un seul nom dans la vie. Le protéger vaut infiniment plus que l'écart de loyer d'une seule année. Si vous voulez récupérer un logement sans jamais vous exposer, parlons-en : demandez votre analyse gratuite.

Curieux de savoir ce que votre logement pourrait rapporter une fois récupéré et remis au marché ? Faites une première estimation avec notre calculateur de valeur, découvrez le service Cash for Keys, ou demandez directement votre analyse gratuite. Vous ne payez que si ça fonctionne.

En résumé : un raccourci qui coûte plus qu'il ne rapporte

La Loi 65 a envoyé un signal clair : jusqu'au 6 juin 2027, les évictions pour agrandissement, subdivision ou changement d'affectation — le moteur des rénovictions — sont illégales. Mais ce moratoire ne fait que rendre plus visible une vérité qui existait déjà : évincer sous un faux prétexte n'a jamais été un droit, seulement un risque, adossé au droit au maintien dans les lieux, à l'interdiction du harcèlement et aux sanctions de la mauvaise foi. Le propriétaire qui tente le raccourci s'expose à des dommages, à des dommages punitifs, à des délais et à une réputation abîmée — bien plus que ce qu'il espérait gagner.

La voie légale, elle, reste grande ouverte : l'entente volontaire, le cash for keys, permet de récupérer un logement proprement, avec le consentement du locataire, sans éviction ni contestation. C'est la façon intelligente de convertir un loyer sous le marché en valeur réelle, pendant le moratoire comme après. Et c'est précisément ce que fait Opti Loyer : légalement, payé aux résultats, le risque de notre côté.


Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. Les règles, délais et modalités de la Loi 65 et du TAL peuvent évoluer ; validez toujours l'état du droit en vigueur ou consultez un conseiller juridique avant d'agir.