
Quand une sanction devient un simple coût d'affaires, elle cesse de protéger. C'est, en une phrase, le malaise qui traverse le long format publié par Radio-Canada en mai 2024 sur le risque, pour bien des Québécois, de perdre leur logement. Le reportage suit notamment le vécu de la famille Jalbert et replace ces histoires dans le contexte de la loi 31. Un chiffre y a fait tiquer plus d'un observateur : une condamnation de 50 000 $ pour une éviction de mauvaise foi, présentée comme peu dissuasive au regard de ce que rapporte, à un propriétaire, le fait de vider un logement bloqué sous le marché pour le relouer beaucoup plus cher. Cet article n'est pas un réquisitoire : c'est une analyse froide, à l'intention des propriétaires. Car si la sanction n'effraie pas les tricheurs, elle devrait effrayer tous les autres — ceux qui ont un nom à protéger et qui ignorent qu'il existe une manière parfaitement légale d'arriver au même résultat.
Dans cet article
Les faits : ce qui a fait les manchettes
Le point de départ est un reportage de fond, pas un fait divers. Dans son long format, Radio-Canada documente une réalité devenue banale : pour un grand nombre de locataires québécois, la perte du logement n'est plus un scénario lointain, mais un risque concret. Le média illustre ce climat à travers des histoires personnelles — dont, selon le reportage, celle de la famille Jalbert — et à travers l'effet des changements législatifs récents, en particulier la loi 31 adoptée en 2023.
Au fil du dossier apparaît le chiffre qui nous intéresse ici : une condamnation de 50 000 $ prononcée à la suite d'une éviction jugée de mauvaise foi. Ce montant, loin d'être présenté comme une victoire éclatante pour les locataires, est décrit comme insuffisant pour décourager le comportement. La logique rapportée est simple et implacable : si récupérer un logement pour le relouer bien plus cher rapporte, année après année, davantage que le risque d'une amende ponctuelle, alors la sanction ne change rien à l'équation économique du fautif. Elle devient une dépense prévisible, presque budgétée.
Précisons d'emblée notre cadre, parce qu'il est déterminant pour la suite. Nous nous appuyons ici sur ce que présente le reportage et sur les principes généraux du droit locatif québécois. Nous ne rejugeons aucune affaire, nous n'ajoutons aucun détail que le reportage ne fournit pas, et lorsqu'il s'agit d'éléments relatés plutôt que tranchés définitivement, nous employons le conditionnel — « selon le reportage », « aurait ». L'objectif n'est pas de pointer un coupable, mais de comprendre pourquoi ce type de raccourci est un mauvais calcul, y compris pour celui qui croit s'en tirer.
Pourquoi c'était illégal : la mauvaise foi en droit
Pour saisir la gravité d'une éviction de mauvaise foi, il faut d'abord comprendre ce qu'elle attaque. Au Québec, le locataire ne détient pas un simple droit d'occupation temporaire : il jouit d'un droit au maintien dans les lieux, l'un des piliers du droit locatif, consacré de façon générale par l'article 1936 du Code civil du Québec. Tant qu'il respecte ses obligations, il peut demeurer dans son logement et voir son bail se renouveler. Un propriétaire ne peut donc pas « récupérer » un logement simplement parce que le loyer lui semble trop bas.
Les rares portes de sortie — la reprise pour se loger soi-même ou loger un proche, l'éviction pour des travaux majeurs, une subdivision ou un changement d'affectation — ne s'ouvrent qu'à des conditions strictes, et surtout, elles reposent toutes sur une exigence fondamentale : la bonne foi. C'est ici que tout se joue.
La mauvaise foi : l'écart entre le motif déclaré et l'intention réelle
Une éviction de mauvaise foi, c'est précisément l'usage d'un motif légal comme façade. On invoque une reprise pour un proche qui n'emménagera jamais ; on annonce des travaux majeurs dont le vrai but est de vider les lieux ; on prétexte une occupation personnelle pour remettre aussitôt le logement au marché à un loyer supérieur. Dans tous ces cas, le motif affiché n'est pas le motif réel. C'est cet écart — entre ce qu'on déclare et ce qu'on veut vraiment — qui définit la mauvaise foi, et c'est lui que le Tribunal administratif du logement (TAL) cherche à débusquer. Nous détaillons ce mécanisme dans notre guide sur la reprise de logement de mauvaise foi.
Le droit ne s'arrête pas là. Lorsque, pour pousser un locataire vers la sortie, un propriétaire multiplie les gestes hostiles — pressions, menaces voilées, dégradation volontaire des conditions, coupures de services —, il entre dans le territoire du harcèlement, prohibé de façon générale par l'article 1902 du Code civil. La loi y est explicite : on ne peut pas harceler un locataire de manière à restreindre sa jouissance paisible des lieux ou à l'inciter à quitter. Une « renoviction » menée à coups de chantier bruyant et d'intimidation cumule ainsi souvent deux fautes : le prétexte mensonger et le harcèlement.
Renoviction, reprise fictive : deux visages du même problème
Le vocabulaire varie, la logique est identique. La renoviction illégale — évincer sous prétexte de rénovations pour relouer plus cher — et la reprise fictive ne sont que deux déclinaisons d'une même faute : instrumentaliser un droit encadré pour atteindre un objectif que ce droit ne permet pas. Dans le premier cas, on maquille une opération commerciale en chantier nécessaire ; dans le second, on maquille une remise au marché en besoin de logement familial. Le résultat, aux yeux du tribunal, est le même : une atteinte au maintien dans les lieux fondée sur un mensonge.

Les conséquences : dommages, punitifs et réputation
Quand une éviction de mauvaise foi est établie, la facture ne se limite pas à un remboursement symbolique. Le Code civil arme le locataire de recours réels, et le tribunal peut frapper à plusieurs niveaux.
Les dommages-intérêts : réparer le préjudice
D'abord, la réparation du préjudice concret. De façon générale, l'article 1968 du Code civil permet au locataire évincé ou repris de mauvaise foi de réclamer des dommages-intérêts pour les torts subis : frais de déménagement, écart de loyer pour se reloger à prix courant, dérangements, pertes diverses. Autrement dit, le propriétaire doit combler l'écart entre la situation du locataire et celle où il se serait trouvé sans l'éviction abusive. Déjà, à ce seul chapitre, l'addition peut grimper.
Les dommages punitifs : sanctionner l'intention
Ensuite — et c'est ce qui change la nature du risque —, la mauvaise foi ouvre la porte aux dommages punitifs. Leur but n'est pas de réparer, mais de punir et de dissuader. Ils s'ajoutent aux dommages-intérêts et visent précisément le caractère intentionnel de la faute. C'est notamment l'accumulation de ces postes qui peut mener à des condamnations de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de dollars — comme le montant de 50 000 $ relevé dans le reportage. Le fait, pour un locataire, de pouvoir agir même après avoir quitté le logement prolonge d'autant la fenêtre de responsabilité du propriétaire : le déménagement ne referme pas le dossier. Nous revenons sur l'échelle de ces sanctions dans notre article dédié à l'amende pour renoviction au Québec.
La réputation : le coût qu'aucun jugement ne chiffre
Et puis il y a ce que le tribunal ne calcule pas. Une éviction abusive qui se retrouve dans un reportage national, c'est un nom associé, publiquement et durablement, au visage d'un locataire poussé dehors. À l'ère des recherches en ligne et des archives permanentes, cette étiquette colle. Elle complique les relations futures avec des locataires, avec des partenaires d'affaires, parfois avec des institutions financières. Le montant d'une condamnation finit par se payer ; l'atteinte à la réputation, elle, ne s'efface pas d'un chèque. C'est souvent la conséquence la plus lourde — et la plus sous-estimée.
À retenir
Une éviction de mauvaise foi expose à trois couches de coûts : les dommages-intérêts qui réparent le préjudice, les dommages punitifs qui sanctionnent l'intention, et une atteinte à la réputation qu'aucun jugement ne chiffre. Le locataire peut agir même après son départ. Le « raccourci » est donc un pari à la fois financier et personnel.
Le calcul du « peu dissuasif » : le vrai piège
Reste la question dérangeante posée par le reportage : si 50 000 $ ne suffisent pas à décourager, est-ce que tricher « paie » ? C'est le raisonnement que certains propriétaires se tiennent, à voix basse. Démontons-le, parce qu'il est plus fragile qu'il n'en a l'air.
Le calcul du tricheur repose sur une hypothèse : que le pire scénario soit une amende connue, prévisible, encaissable comme un coût d'affaires. Mais ce n'est pas ainsi que le risque se présente réellement. D'abord, la condamnation n'est jamais garantie d'être « seulement » de 50 000 $ : chaque dossier s'apprécie selon ses faits, et l'addition des dommages-intérêts, des dommages punitifs et des frais peut varier fortement. Ensuite, il faut ajouter le coût du litige lui-même : temps, honoraires, incertitude, énergie mobilisée pendant des mois. Enfin — et c'est décisif — le calcul ignore complètement la variable réputationnelle, qui n'a pas de plafond et pas de date d'expiration.
Surtout, ce raisonnement passe à côté d'une évidence : on peut atteindre exactement le même objectif financier sans prendre aucun de ces risques. Le propriétaire qui veut récupérer un logement sous le marché n'a pas à choisir entre « subir un loyer gelé » et « tricher en espérant ne pas se faire prendre ». Cette fausse alternative est précisément le piège. Il existe une troisième voie, légale, transparente, et souvent plus rapide : l'entente volontaire.
- Le constat : « Mon locataire paie un loyer très en dessous du marché, je perds de l'argent chaque mois. »
- Le raccourci : « Je vais invoquer une reprise (ou des travaux) pour le faire partir, puis relouer au prix fort. »
- Le mur : contestation au TAL, dommages, dommages punitifs, frais, et un nom dans les médias. Le gain espéré part en fumée — et le reste avec.
Ce qu'il aurait fallu faire : la voie volontaire
Voici le cœur pratique de cet article. Face à un logement bloqué sous le marché, le propriétaire honnête dispose d'un outil taillé exactement pour ce besoin : l'entente volontaire de fin de bail, ce qu'on appelle couramment le cash for keys. Le principe est aussi simple qu'efficace : plutôt que d'inventer un motif, on propose au locataire de convenir ensemble de mettre fin au bail à une date choisie, en échange d'une compensation.
Pourquoi c'est légal — et pourquoi la mauvaise foi devient impossible
La différence avec l'éviction abusive n'est pas cosmétique : elle est structurelle. Dans une éviction de mauvaise foi, le locataire est trompé ou contraint. Dans une entente volontaire, il consent librement, en connaissance de cause, parce qu'il y trouve son intérêt. Il n'y a plus d'écart entre un motif déclaré et une intention cachée : il n'y a pas de motif imposé du tout, seulement un accord entre deux parties adultes. Or la mauvaise foi suppose, par définition, un mensonge ou une contrainte. Quand le locataire dit oui de son plein gré et signe, il n'y a rien à maquiller, donc rien à contester, et aucun dommage punitif à craindre.
C'est la beauté de l'approche : elle ne contourne pas la loi, elle s'y conforme parfaitement, parce qu'elle repose sur le seul mécanisme que la loi ne peut que respecter — la volonté commune des parties. Rien n'interdit à un propriétaire et à un locataire de convenir de résilier leur bail. Le cash for raise, sa variante, applique la même logique non pas au départ du locataire mais à un ajustement négocié du loyer : encore une entente, encore un consentement.
Le même résultat, sans le risque
Le point que trop de propriétaires ratent : l'entente volontaire mène au même objectif financier que le raccourci illégal — récupérer le logement, le remettre à sa juste valeur, capter la valeur dormante de l'actif — mais sans le litige, sans les dommages, sans les manchettes. Là où la fausse reprise met en jeu 50 000 $ de condamnation plus la réputation, l'entente volontaire remplace ce risque par une dépense connue et maîtrisée : la compensation offerte au locataire, négociée en fonction de la valeur réellement créée. On échange un pari dangereux contre un coût prévisible et rentable.
Pour un logement dont le loyer est loin sous le marché, cette valeur créée se compte fréquemment en dizaines de milliers de dollars sur l'actif — souvent bien davantage que la compensation nécessaire pour convaincre un locataire de partir de bon gré. C'est ce que mesure notre calculateur de valeur, et c'est le fondement de tout notre travail d'optimisation de loyer. Le raccourci illégal, lui, met cette même valeur en péril au lieu de la sécuriser.
Pourquoi passer par des pros
Reste une objection légitime : négocier une entente, c'est déjà s'aventurer sur un terrain où un faux pas — une phrase maladroite, une pression de trop, une offre mal calibrée — peut basculer du « volontaire » vers le « harcèlement ». C'est vrai. Et c'est exactement pourquoi ce travail ne s'improvise pas seul.
Le point commun de presque toutes les affaires d'éviction abusive, celles que documente le reportage comme les autres, tient en une image : un propriétaire qui a voulu aller vite, seul, sans mesurer la frontière. La valeur d'un professionnel n'est pas seulement de connaître la loi : c'est de savoir précisément où passe la ligne entre une offre légitime et une pression illégale, et de rester du bon côté à chaque étape. Un intermédiaire aguerri mène la conversation sans jamais menacer, documente le consentement, structure une entente écrite équilibrée, et transforme une négociation délicate en dossier propre.
L'approche d'Opti Loyer : payé aux résultats, le risque de notre côté
C'est précisément notre métier. Chez Opti Loyer, on récupère et on optimise les logements par ententes volontaires, dans le respect du Tribunal administratif du logement. L'audit initial est gratuit : on regarde ensemble la valeur dormante de votre immeuble, sans engagement. Et le modèle est payé aux résultats — vous ne payez que si l'entente se conclut et que le résultat est là. Aucun frais si aucun résultat. Le risque financier de la démarche ne repose donc pas sur vos épaules : il repose sur les nôtres.
C'est l'exact opposé du raccourci solitaire qui mène aux condamnations. Là où la fausse reprise met en jeu des dizaines de milliers de dollars et votre nom sur un pari incertain, l'entente volontaire encadrée par des pros vous donne le même résultat sans le pari. On peut débattre longtemps de savoir si 50 000 $ sont « dissuasifs » ou non ; la vraie leçon du reportage est ailleurs. Elle est qu'un raccourci coûte, en argent comme en réputation, infiniment plus qu'il ne rapporte — et qu'il n'y a aucune raison de le prendre quand la voie légale existe et mène au même but. On n'a qu'un seul nom dans la vie : il ne se joue pas à la table d'un raccourci.
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. Les faits rapportés proviennent du reportage cité ; les principes juridiques sont présentés de façon générale. Chaque situation est particulière — validez les règles en vigueur auprès du Tribunal administratif du logement ou consultez un conseiller juridique avant d'agir.
